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Tournoi Paris-Bercy 2010/2011

Monfils prolonge la fête

 

Pour la première fois de l'histoire, deux Français se hissent en demi-finale du Masters 1000 de Paris-Bercy. Après la très belle performance de Michael Llodra face au Russe Davydenko, Gaël Monfils a régalé le public du POPB en venant à bout de l'Ecossais Andy Murray, numéro 4 mondial, en trois sets.

MASTERS 1000 PARIS-BERCY - DEMI-FINALES

Gaël Monfils (Fra, 12) bat Andy Murray (G-B, 3) : 6-2 2-6 6-3
Prochain adversaire : Federer
Roger
Federer (Sui, 1) bat Jurgen Melzer (Aut, 11) : 6-1 7-6(4)

Le tennis français est en fête. Après Michael Llodra, auteur d'un parcours sensationnel jusqu'au stade des demi-finales, avec notamment des succès face à Novak Djokovic et Nikolay Davydenko, Gaël Monfils s'est à son tour hissé dans le dernier carré du Masters 1000 de Paris-Bercy, en trouvant des ressources physiques insoupçonnées pour venir à bout d'Andy Murray.

L'Ecossais était pourtant devenu la bête noire du tennis tricolore. Depuis sa défaite au premier tour de l'Open d'Australie face à Jo-Wilfried Tsonga en 2008, le dernier membre du Big Four restait sur 26 victoires consécutives face à un Français. Une longue série à laquelle la Monf' a mis fin, alors qu'il abordait pourtant son quart de finale sur la jante et avec un genou douloureux. Comme la saison dernière, il n'est assurément pas en pleine possession de ses moyens mais il trouve dans le soutien populaire un surplus d'énergie qui lui permet de déplacer des montagnes. La ferveur des supporters n'expliquent cependant pas tout. Depuis quelques semaines, le 14e mondial donne le sentiment d'exprimer enfin sur le court tous les conseils de son entraineur, Roger Rasheed. Enfin, le Parisien ne se contente plus de remettre la balle dans les limites, de s'appuyer uniquement sur ses incomparables qualités défensives, mais fait étalage d'une agressivité nouvelle qui pourrait lui ouvrir de nouveaux horizons. Le match face à Murray en est le parfait exemple.

Tout au long des première et troisième manches, le numéro un tricolore en l'absence de JWT s'est appuyé sur ses nouvelles bonnes intentions pour faire la différence. Grâce à son service et un coup droit tonitruant, capable de creuser des brèches béantes dans n'importe quelle défense, il a pris la direction des échanges, mettant constamment Murray sur le reculoir. Ce Monfils-là, qui n'hésite pas à conclure les points au filet, à varier entre puissance et toucher de balle, peut voir haut, très haut. Celui du deuxième set, nettement moins. Certainement marqué par les efforts consentis face à Verdasco en huitièmes de finale, il a alors logiquement baissé de régime mais a par contre donné le bâton pour se faire battre en retombant dans ses travers, en faisant preuve d'un attentisme coupable dont Murray a parfaitement profité. Un leçon à retenir avant d'affronter l'ancien roi Roger Federer en demi-finale.

Deux Français en demi-finale à Bercy, c'était une première. C'est d'ailleurs exceptionnel en Masters 1000. Roger Federer lui-même, battu par Gaël Monfils, ne comprend pas pourquoi les Bleus, excellents par ailleurs chez les juniors et présents sur le circuit, ne gagnent pas plus de titres majeurs.

Pour la première fois de l'histoire du tournoi de Paris-Bercy, deux Français ont disputé les demi-finales. Ce n'était d'ailleurs que la troisième fois de l'histoire qu'une telle configuration se présentait en Masters 1000 après Madrid en 2002 (Sébastien Grosjean et Fabrice Santoro) et Hambourg en 1990 (Forget et Leconte). Aucun n'avait atteint la finale. Voilà toute l'intrigante fluctuation du tennis français qui flirte si bien avec le plus haut niveau sans savoir conclure. Roger Federer en personne, battu lui-même par Julien Benneteau l'année dernière et par Gaël Monfils en demi-finale cette année, est bien placé pour parler, avec étonnement de ce paradoxe.

Du haut de son Olympe, le Suisse adore les Français. Il les connaît bien, les croise certainement souvent autour de chez lui, et se chagrine sincèrement de leurs échecs sans manquer de les sortir du court sans ménagement quand c'est nécessaire. "Ce qui me surprend le plus chez vous , disait Federer vendredi en s'adressant aux journalistes français), c'est qu'il n'y ait pas plus de Français qui aient gagné des titres du Grand Chelem. En juniors, il y en avait beaucoup de meilleurs que moi, ils arrivent à bien faire le saut chez les pros mais il n'y a personne pour faire un solide top 10. Je ne sais pas ce qui se passe." Sur le circuit Federer chatie bien ceux qu'il aime bien. Et surtout au bon moment, comprenez : en finale.

Federer : "Personne pour faire un solide top 10"

L'heure n'est pas aux grandes explications mais plutôt à l'union sous le drapeau de la FFT, et de Bercy. La France qui gagne n'a jamais autant gagné que chez elle, bien au chaud sur les courts de sa douce enfance, bien entourée par ses proches et ses formateurs, à Roland-Garros ou à Bercy. Sur le circuit des Masters 1000 actuel, on peut compter sur les doigts des deux mains les victoires des Français : et force est de constater que c'est en France ou tout près que la majorité des titres ont été acquis. Trois titres à Bercy : Guy Forget en 1991, Sébastien Grosjean en 2001 et Jo-Wilfried Tsonga en 2008, plus un juste à la frontière : Cédric Pioline à Monte-Carlo en 2000, et enfin deux exceptions : Yannick Noah à Rome en 1985, Guy Forget à Cincinnati en 1991.

Briller loin de ses bases, remporter des points ATP à l'étranger, les Bleus de la nouvelle génération savent faire. Gagner, c'est pas encore ça. Tsonga lui-même, le plus régulier depuis trois ans sur les tournois majeurs, n'a gagné qu'un titre important, à Bercy. Monfils, le probable N.1 de l'équipe de France à Belgrade, n'a jamais aussi bien joué que devant les yeux de sa mère, à Roland-Garros et à Bercy, il l'a confirmé cette semaine : "Vous allez me demander pourquoi elle ne vient pas sur tous les tournois ? Et bien elle a quand même un travail ici..." Après ça, ce n'est pas le déménagement de Roland-Garros qui pose problème, c'est qu'il faudrait déménager tout l'encadrement de la FFT sur chaque tournoi !

A Paris, tout est permis pour les Bleus

Plus sérieusement, on a appris sur la page du Blog Team de Sport24 que Jean-François Caujolle, directeur du tournoi à Bercy, avait demandé à Gerflor une surface similaire à celle de Clermont-Ferrand et Lyon pour les victoires de la France contre l'Espagne et l'Argentine. Forget relativise : "C'est une surface rapide qui permet surtout aux attaquants de s'exprimer. Elle n'avantage pas forcément les Français. Peut-être plus Federer à la rigueur." Mais il y a tout même l'envie de les chouchouter.

A Bercy, Federer voulait chouchouter les Français à sa manière. Cette année, après avoir dit tout le bien qu'il pensait de Richard Gasquet, et de son copain Michaël Llodra, qu'il a déjà battu cette année à Cincinnati (7-6, 6-3) : "Mika, je suis content pour lui ! C'est un bon copain. Il a un an de plus que moi et on s'est connus chez les jeunes. J'ai même joué une finale juniors en double contre lui à Wimbledon. Je suis content qu'il montre en simple ce qu'il est capable de faire." Il a même fait le rapprochement entre sa défaite et la sienne, des balles de match perdues chacun. Avant de souligner qu'il avait "beaucoup d'estime" pour Gaël Monfils qui vient de le battre pour la première fois. A Monfils de se montrer à la hauteur de celui qui avait battu Robin Söderling pour son premier titre parisien. A Roland-Garros en 2009. Et de rejoindre Forget, Grosjean et Tsonga au palmarès.

 

 

 

Monfils : "Prendre la sucette"

 

Gaël Monfils grimace quand il s'assoit mais il reste aussi calme que lors de sa victoire sur Roger Federer en demi-finale à Bercy (7-6, 6-7, 7-6). Le revoilà en finale un an après sa défaite devant Djokovic : "Cela fait deux fois qu'on me donne la sucette, à un moment donné je vais la prendre !"

Masters 1000 Paris-Bercy, demi-finales :
Gaël Monfils (FRA/N.12) bat Roger Federer (SUI/N.1) 7-6 (9/7), 6-7 (1/7), 7-6 (7/4)
Prochain adversaire: Söderling.

DU BONHEUR, MAIS PAS LA PLUS BELLE

Gaël Monfils : "Je suis content d'avoir gagné contre "Rodgeur" car c'est quelqu'un pour qui j'ai beaucoup d'admiration. C'est la légende du tennis et le faire ici à Paris, dans des conditions spéciales, ce n'est que du bonheur. Mais la plus belle ? (il réfléchit) C'est bizarre ce que je vais dire mais ma plus belle victoire sera quand je gagnerai à Roland-Garros. Si en fin de compte je ne gagne jamais là-bas, alors je me dirai peut-être que c'était la plus belle. Là c'est juste une très très belle victoire, mais pas la plus belle."
  
MONFILS GERE EN SILENCE

Gaël Monfils : "Je ne voulais pas trop montrer mes émotions, même si j'étais super frustré sur ses jeux de service. Je me suis dit aussi que c'était une bonne expérience, que c'était pour ça que je m'entraînais. Le public a joué le jeu, j'ai eu un peu de réussite, et c'est passé. Sur les balles de match, j'étais ric rac, avec des deuxièmes balles forcées. "Rodgeur" rate un coup droit qu'il ne manque presque jamais. Il y a eu beaucoup de stress mais j'ai bien géré."

"Sur la balle de match, je m'étais mis en tête de servir extérieur mais mon service volée ne passait pas. Je savais que si je touchais sa balle, je me serais fait "fourrer" par son passing. Il veut la prendre plus tôt... Je glisse un peu, j'ai de la réussite... Mais sur ce match Il fallait oser. Je l'ai fait. Je me souviens d'un coup droit décroisé sur ma balle de débreak. Il y a quelques temps, j'aurais fait un coup "safe", je n'aurais rien tenté. Là j'y suis allé."

BIZARRE COMME C'EST BIZARRE, MONFILS SE STABILISE

On demande à Gaël Monfils s'il est transcendé par Bercy pusqu'il y atteint sa deuxième finale de Masters 1000 deux années de suite :

Gaël Monfils : "Franchement, je n'en sais rien. Mais c'est vrai que... je viens d'en parler avec Roger (Rasheed), mon coach. Jamais je n'aurais pensé au début du tournoi me retrouver en finale. Mais entre mon premier match face à Benjamin Becker et maintenant, il y a un truc qui a changé. Je ne sais pas quoi mais ça a changé. C'est ce qui est pénible chez moi: je suis imprévisible. Je suis plus stable dans les résultats, mais ça reste... bizarre."
  
MAINTENANT : NE PAS SE FAIRE TORPILLER PAR SÖDERLING

La semaine dernière, Robin Söderling avait battu Gaël Monfils 6-3, 6-2 en quart de finale à Valence.

Gaël Monfils : "Maintenant, je la veux cette victoire. Cela fait deux fois qu'on me donne la sucette, à un moment donné je vais la prendre. Je sais que ça ne va pas être facile. Je me suis bien fait torpiller la semaine dernière par Robin (Soderling, à Valence), mais je vais être guerrier. Je suis chez moi et je la veux vraiment cette victoire ici."